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Philosophie1 juil. 202618 min de lecture

Du perfectionnement à la soumission : le corps (entre Europe et Islam)

Des jeux antiques au jihad intérieur, le corps comme offrande, puis sa désacralisation moderne : comment l'islam réveille la force européenne.

Ibrāhīm Barbarūs Al-UrubbiDeux Rives

بِسْمِ ٱللَّٰهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Perfectionner son corps pour mieux le soumettre, voici l’idée générale que partage l’Europe avec l’Islam si nous devions le résumer. La soumission trouve sa racine étymologique dans le fait de “se mettre en dessous”. En l’espèce, en dessous de Dieu et de la spiritualité pour en être un soutien sur terre.

Plutôt que d’établir un plan dualiste pour présenter les liens intrinsèques entre le façonnement du corps dans la pensée européenne et islamique, il serait intéressant d’entremêler les deux et de mettre ces visions en opposition avec un mal qui ronge le monde moderne. Symptôme d’un individualisme toujours plus creusé, conséquence aussi d’une forme développée de matérialisme délaissant totalement l’immatériel, nous étudierons précisément le culte du corps.

I. Le corps soumis au culte

A. Le sport dans l’Europe antique ; catalyseur de l’action virile envers Dieu

“Res divinae (sacrifice sacré) - tel était donc le caractère de ce que l'on peut faire correspondre au sport et à l'engouement sportif plébéien de nos jours. Dans la tradition hellénique, l'institution des jeux les plus importants fut étroitement liée à l'idée de la lutte des forces olympiques, héroïques et solaires, contre les forces naturelles et élémentaires.”

Voici la place du sport dans la société européenne traditionnelle, ou antique. Une ascèse, à comprendre comme un exercice du corps destiné à libérer l’esprit. Cette libération de l’esprit par l’épreuve physique était spirituellement réglementée aux cours de jeu pour lesquels les athlètes s'entraînaient afin de faire rayonner leur peuple, cité.

Le corps de l’européen était une offrande en lui-même par la dévotion qu’il accordait à son perfectionnement (si l’on peut dire).

Le processus des jeux antiques était absolument cultuel en plus d’être culturel et marquait un profond attachement au divin, le sport était pratiqué sur le socle de la spiritualité. Les deux étaient intimement liés et chaque mouvement était une adoration. C’était la tradition de l’action (dans le sens supérieur) que les jeux sportifs de l’antiquité cherchaient à symboliser, à illustrer par les différentes épreuves auxquelles les athlètes se soumettaient.

J. Evola, dans Révolte contre le monde moderne, décrit parfaitement le processus des jeux et leur caractère divin.

D’abord, il est important de notifier que chaque cité disposait de sa propre arène, ce qui était un principe non négligeable. Les jeux, à Rome, furent toujours présidés par un représentant de la religion officielle. Il y avait un rapport entre les jeux et le divin qui était si important que la conservation même des temples romains par les régents chrétiens était non négociable si ces derniers souhaitaient conserver la paix sociale qu’apportait les jeux antiques.

Nous avons pu, dans la citation introductive, mesurer la dimension spirituelle qu’occupait les jeux ne serait-ce que par la symbolique qu’ils mettaient en œuvre. Les épreuves sportives symbolisaient des mythes antiques de lutte entre les forces héroïques contre les forces élémentaires. Cependant, l’aspect spirituel et supérieur ne se cantonnait pas dans l’exercice même des épreuves mais même dans le commencement de ces dernières, généralement marqués par des sacrifices pour invoquer la force divine. Et rien n’était négligé, même pas l’architecture des arènes, par exemple nous retrouvions le douze zodiacal dans le nombre des portes par lesquelles entraient les chars. Ils se terminaient enfin par des rituels en l’honneur de Zeus. À la fin, une procession sacrée conduisait au temple de Zeus, où l’on fabriquait des couronnes à partir d’un olivier sacré. Les vainqueurs recevaient leur couronne devant la statue monumentale de Zeus, ce qui rappelait que leur victoire était un don des dieux, et non seulement le fruit de leur force personnelle.

Pour revenir brièvement sur l’athlète justement, ce dernier cherchait, dans son exercice (ascèse), à incarner les figures héroïques des mythes au service de Dieu. Ils s'entraînaient dans un état de pureté rituelle.

D’abord il y avait un serment rituel qui était professé par l'athlète, celui de ne pas tricher, de respecter les règles et d’honorer le rituel par un entraînement long et rigoureux. La triche était considérée comme une offense aux dieux, donc un sacrilège.

Il était aussi souvent attesté des caractéristiques plus ascétiques comme la pratique de l’abstinence sexuelle mais même liées à la gourmandise du ventre. L’athlète, par cette purification, souhaitait se transformer en offrande vivante. Le sport mal pratiqué renvoyait à une âme déséquilibrée, ce sur quoi nous reviendrons, la performance sportive devait donc être perçue comme l’harmonie entre le corps et l’âme. Signe de l’idéal grec de kalokagathia. Chez les romains, les exercices physiques permettaient de développer le courage, la droiture et la maîtrise de soi.

En bref, pour revenir aux jeux, la victoire n’était jamais perçue comme celle d’un individu seul, insistons comme nous l’avons déjà mentionné, elle était intimement liée à la protection et au soutien divin ce qui, dans le triomphe, apportait un prestige spirituel énorme à la cité du vainqueur.

Après cette brève introduction sur le déroulement des jeux et l’importance du sport dans l’époque antique, nous considérons important de nous pencher sur une autre forme d’action par laquelle l’ascèse européenne s’est marquée, celle des champs de bataille.

Au temps de la mythologie nordique, la guerre était vue comme le moyen pour l’homme d’accomplir l’action dans son sens le plus pur et le plus supérieur. Le guerrier, sur le champ de bataille, se voyait choisi par les valkyries (femmes surnaturelles au service de Dieu) pour rejoindre les morts. Une fois mort, elles emmenaient l’âme du héros jusqu’au Valhalla ou au Fólkvangr selon si Odin ou Freyja les avait choisis. Pour entrer dans le Valhalla, degré suprême du monde des morts, il fallait mourir l’arme à la main (ou en combattant). Le guerrier y vivait un bonheur quasi éternel (nous ne nous pencherons pas en précision sur la tradition nordique car ce n’est pas plus opportun que cela en l’espèce). Ces guerriers constituaient l’armée d’élite du Dieu suprême.

Un parallèle, un peu plus subtil, peut se faire avec les Kères chez les Grecs, qui à l’inverse des walkyries ne choisissent pas les morts mais se repaissent juste du sang des guerriers tués emportant leurs âmes dans les mondes infernaux. Cependant, les grands guerriers morts au combat (comme Achille ou Ajax) se rendent dans les Champs Elysées, lieu de repos éternel, lumineux et paisible.

Enfin, chez les Romains, les guerriers ne mouraient pas non plus spirituellement mais rejoignaient parfois le royaume divin, aux côtés des autres dieux. Ce n’est que, plus tardivement, par l’influence du mithraïsme, que les romains intègrent une idée similaire au valhalla.

B. Le corps sain et l’esprit sain islamique

L’analyse comparative sur laquelle nous venons de clore la précédente partie est d’autant plus intéressante si l’on se penche sur l’idée islamique de la guerre. Le terme servant à signifier cette “guerre” islamique; “jihad”, a effleuré tous les esprits, parfois suscitant l’adrénaline, souvent suscitant la peur en fonction de là où on se situe sur le globe. Pourtant, la signification même de ce mot n’a rien d’effrayant. L’effort, la lutte, la résistance, voici ce que signifie ce mot, loin de l’idée de “guerre sainte” telle que l’occident le propage.

Cette lutte islamique n’emporte absolument aucune valeur si elle n’est pas principalement l’objet d’un combat intérieur ! Au retour d'une de ses expéditions, le Prophète (pbsl) dit justement à ses Compagnons : « Nous voici revenus du jihâd mineur pour nous livrer au jihâd majeur ».

Le jihad mineur représentait la guerre extérieure, là où le jihad majeur était la lutte contre les faiblesses du nafs. Là où le jihad contre soi-même peut emporter de la valeur même s’il ne consiste en aucune bataille extérieure, le jihad matériel n’emporte aucune valeur s’il n’est pas marqué par une intention de lutte interne. La dimension spirituelle et supérieure de l’action est absolument présente !

Et le djihad peut signifier le fait de faire des efforts à la fois par la parole, la main, les biens et la plume afin de combattre le nafs, les pécheurs, les innovateurs, les hypocrites et les mécréants dans le but que la parole d’Allah soit la plus haute.

« Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d'effrayer l'ennemi de Dieu et le vôtre [...] »

Loin des idéologies mortifères, l’Islam dit : Musulman, entraîne toi !

Si le musulman doit s’exercer à la pratique physique c’est pour plusieurs raisons. D’abord il doit savoir que le corps est pour lui un amāna (dépôt) de la part d’Allah sur lequel nous devrons rendre des comptes. En effet, il a été rapporté que le Prophète (pbsl) a dit : « [...] Jeûne et mange, prie et dors, car ton corps a un droit sur toi [...] »

Le jour du jugement dernier, nous rendrons des comptes sur ce que nous avons fait et notamment de notre propre corps (duquel en réalité, nous ne sommes possesseurs mais seulement locataires). Il est un véhicule qui nous permet d’aller de la naissance à la mort, nous devons tout au long de cette route en prendre soin car l’état dans lequel nous le présenterons à l’arrivée pourra être déterminant.

C’est pour cela que l’Islam non seulement établit des prescriptions en terme alimentaire (ne pas se nourrir avec excès) mais aussi en terme d’activités physiques.

Et du fait, justement, que notre corps a un droit sur nous, la plupart des savants se sont mis d’accords pour interdire la pratique de la boxe, notamment en compétition, et d'autres sports impliquant des dégâts de haute gravité pour le corps humain.

Au-delà de ça, le Prophète (pbsl) lui-même a dit: Quand l’un d’entre vous se bat, qu’il évite de viser le visage [ de son adversaire]. C’est en vérité d’une grande sagesse puisque le visage abrite de nombreux organes sensoriels dont on pourrait craindre la perturbation suite aux coups portés au visage.

Cependant, en dehors des interdictions islamiques sur certains sports, le Prophète (pbsl) a encouragé la maîtrise de certaines activités physiques, plus précisément de cinq principales: la natation, le tir à l’arc, l’équitation, la course et la lutte.

Le Prophète (pbsl) a dit: « Toute chose dans laquelle il n’y a pas de rappel d’Allah est futilité ou inattention sauf quatre choses : la marche d’un homme entre deux cibles (*), qu’il éduque son cheval, qu’il s’amuse avec son épouse ou l’apprentissage de la natation ».

En ce qui concerne la lutte, le Prophète (pbsl) a fait de lutte face à Roukana un homme réputé par sa force et l’a battu à plusieurs reprises.

Le tir à l’arc est un sport noble et révèle bien plus sur la nature du Prophète (pbsl) qu’il n’y paraît. Cette pratique, commune à toutes les traditions, est, en effet, le propre de la caste des guerriers, des nobles. De même pour l’équitation.

Enfin, et pour appuyer encore plus notre propos, rappelons que le Prophète (pbsl) nous a dit qu’il était préférable, pour un croyant, d’être fort plutôt que faible. La force dont il était question était certes principalement caractérisée par la foi et le caractère mais se rattache bien sûr à son penchant matériel à savoir la condition physique. Dans la mesure où Dieu nous permet justement d’atteindre une excellente forme.

II. Le culte du corps

A. La désacralisation de l’action physique

D’un corps soumis au culte par son perfectionnement et sa grandeur, l’Europe a connu un penchant destructeur. Un corps soumis à la maltraitance d’idéologies mortifères et masochistes d’hommes qui pensaient qu’en se torturant ils dépasseraient leurs conditions physiques. Cette pratique propulsée par des courants chrétiens dégénérés a fait sombrer la pratique sportive en Europe pendant des siècles, la reléguant aux classes les plus basses et seulement dans l’intérêt du champ.

Cette désacralisation de l’action physique dans le but de désacraliser le corps et donc de lui échapper n’a fait que renforcer sa possession sur l’esprit. On ne contrôle pas un chien en arrêtant de le nourrir, on lui donne juste la rage.

L’européen croyait s’être débarrassé des soucis lié au corps mais a découvert la maladie, la faiblesse, le besoin de substituer les tâches physiques à d’autres plus compétents, l’assistanat par l’esclavage. L’européen par l’abandon du corps ne s’est pas élevé tel qu’on lui a fait croire, il s’est, au contraire, abaissé, affaibli. Il a enlevé la noblesse au corps sain et a cultivé des idéologies mortifères et malsaines du fait de la propension de son corps dégradé.

Il pensait devenir fort en négligeant sa force, se soumettant finalement à sa faiblesse.

C’est exactement par cette désacralisation que le retour au sport a été un phénomène absolument catastrophique sur le plan supérieur. Là où la masse a vu la revivification de la force, nous avons vu l’affirmation du matérialisme et de l’individualisme. C’est l’étape finale de la désacralisation du corps. Ceux qui ont pensé que l’abandon du corps était l’objectif se sont trompés.

L’objectif résidait dans le fait de faire oublier aux hommes la dimension supérieure de l’exercice puis de les faire retourner à cette activité, dénaturée de tout sens supérieur afin de leur donner de nouveaux objectifs remplis d’illusions, la course au plus beau corps, la course à l’esthétisme matériel.

Une nouvelle mission auquel l’homme moderne se dévoue quitte à parfois se mettre dans des conditions lamentables et bien plus dangereuses que celui qui s’abstiendrait de pratiquer du sport (prises de produits anabolisants détruisant les producteurs hormonaux naturels de l’homme et ayant pour conséquence, souvent, de soit le tuer soit le rendre infertile et de lui ôter superficiellement mais véritablement sa virilité.)

L’homme moderne, sorti du bureau, s'oublie sur son tapis de course, courant, sans avancer pour autant, vers un idéal vendu à la télévision. Les tablettes de chocolat c’est pour cet été se dit-il. Il court après ses rêves, des rêves qui ne sont en fait pas les siens, mais ceux que la société lui a vendus sur les réseaux sociaux, dans les publicités.

Cet homme ne peut plus que vivre par son corps qu’il façonne, afin de contrebalancer sur tout ce sur quoi il n’a plus le contrôle dans sa propre vie. S’étourdissant lui-même dans l’action mécanique de la musculation, trois séries, douze répétitions, du lundi au samedi et ainsi de suite, se confortant devant la congestion provoquée par une hypertrophie du muscle, négligeant l’atrophie de son esprit.

Voici le phénomène final, le véritable ! L'ascèse est dégradée, foulée, défigurée. Il est, selon Evola, la religion de l’ouvrier. Et comment nier cela? Puisque les adhérents aux salles de sports parlent même parfois de “temple” de la musculation. Vouant un culte à leur propre corps dans une salle où chaque progression est un pas vers l’objectif. Ces adhérents ne sachant même pas s’ils vivront suffisamment longtemps pour apprécier les fruits de cet arbre malade. Et à quel prix ? Celui du constant entretien pour ne pas perdre la forme diront-ils. Voici le poison que contient ce joli fruit. On a totalement abaissé le point de repère de l’homme et ne compte pour lui que l’image qu’il renvoie aux autres et à lui-même.

Le sport des modernes est une insulte à l’action traditionnelle. L’homme croit affronter ses faiblesses en se rendant dans une salle chauffée et aux machines entretenues, il se fourvoie et se complait dans cette fausse croyance qu’il serait dans une guerre contre lui-même, or si c’est le cas, c’est parce qu’il joue en réalité le rôle de son propre ennemi et non pas de celui qui est dans le bon chemin.

“L'individualité physique est au contraire flattée et renforcée par le sport, la chaîne est donc consolidée et tout vestige de sensibilité plus subtile étouffé; l'homme tend à perdre son caractère d'être organique, à se réduire à un faisceau de réflexes, presque à un mécanisme.”

Il est important de remarquer aussi la croissance d’organisations sportives promotionnés par les États modernes qui dénote justement d’une corruption de l’élément sportif, et surtout de l’action dans le sens supérieur. Un abandon total de la personnalité dans un sens supérieur pour un attachement à des différenciations inférieures (qui aura les plus gros bras).

Cette excroissance des activités subventionnées permettant aux diverses classes de se rencontrer en dehors du lieu de travail sur les temples sportifs devrait interroger sur l’objectif moderne du sport. Le sens qu’on a voulu lui donner désormais est politico-social, la formule “du pain et des jeux” ressort parfaitement, voici une réminiscence de l’antiquité si on veut être un peu cynique.

Les meetings sportifs qu’on peut observer avec les différentes compétitions de bodybuilders ou de strong man ne font qu’affirmer ce phénomène de dégradation.

C’est par le travail de l’action physique qu’il s’emprisonne, la fièvre du sport, des envies, des passions en est une expression. C’est uniquement par la conscientisation qu’une revivification de l’élément spirituel pourra avoir lieu, permettant d’aller au-delà des limites de la matérialité et des effets visibles à la lumière du miroir.

L’individu se transforme en objet de contemplation comme un crustacé dont la dureté n’est observable que sur la coquille dont on connaît pourtant la résonance ultime intérieure, symbole d’un vide plus profond et réel que jamais.

Le problème réside précisément dans le manque d’appui supérieur à l’action physique. L’homme oublie la raison essentielle qui lui permet ce perfectionnement. Il est comme le jardinier qui arrose ses plantes et qui se réjouit qu’elles poussent en oubliant le rôle essentiel du soleil sans lequel ses plantes mourraient.

La volonté héroïque de l’homme, incapable de s’exprimer dans ce monde castrateur cherche des canalisateurs pour ne pas retourner cette force contre lui-même.

Le sport doit être abandonné par l’individu soucieux de s’élever s’il n’arrive pas d’abord à atteindre ce réveil intérieur l’amenant à l’intention juste dans ses actions. Celle qui, comme nous l’avons vu, se centre sur Dieu et la faculté active que nous développons pour lui par l’exercice physique. Si ce caractère supérieur ne sait pas être conféré à l’action alors il faut abandonner l’action par souci de la corrompre un peu plus à chaque fois, et finalement de se corrompre soi-même.

L’homme moderne croit s’accomplir dans cette relation qu’il entretient avec son corps alors qu’il s’enferme dans une vision absolument matérialiste et changeante. Il se bloque dans le cycle de l’évolution/involution alors qu’il pense en échapper par la contrainte physique. La mécanique même des activités physiques est absolument marquée par la vacuité.

C’est la répétition active de mouvements pour répondre au désir de changement de l’homme.

La métaphysique peut se trouver dans la volonté qu’aurait l’homme de dresser son corps afin de le discipliner mais encore une fois l’intention doit être présente. L’intention de le faire dans un objectif supérieur et non pas pour répondre au désir égoïste (attachement excessif porté à soi même).

Voici la maladie même de l’homme moderne: La pratique sportive comme réponse à une absence de voie héroïque et active au sein de nos sociétés. Mais si cette pratique n’est pas marquée par la volonté de ramener l’âme dans le chemin juste cela n’a rien de commun avec la pratique du sport de l’époque antique et cela même si de l’extérieur les deux semblent similaires ou identiques. Ce n’est qu’une construction qui commence et finit dans la matière, sans aucune autre valeur. La sensation et l’exaltation se retrouvent dans une matérialité abjecte.

Et de la même manière avec la guerre que nous évoquions précédemment et dont le caractère moderne est absolument corrompu.

Comment l’homme peut-il retrouver le caractère supérieur du guerrier dans nos conflits modernes où aucune loi suprême n’est respectée ? Que ce soit la présence de femmes sur le champ de bataille ou même l’évolution militaire qui amène le champ de bataille à devenir l’affrontement entre les hommes et la machine (drones, chars, avions et bientôt robots?).

L’homme ne peut plus s’accomplir dans la guerre d’abord car il n’y a plus aucun chef de guerre digne de ce nom et en qui nous pouvons placer notre corps et notre foi. Massacre d’innocents, armées laïques, guerre des machines, bombardements intempestifs, absence d’honneur, soldats féminins ou même parfois non pubères, motifs de guerre au profit des industries, des banques et autres acteurs diaboliques (le mot est faible).

B. Le corps comme socle d’un esprit fragilisé

Dans nos sociétés modernes pourtant, le corps n'est pas seulement exalté, il est aussi, bien souvent, négligé !

Le bourgeois, dans son mépris qui lui est quasiment génétique, néglige son corps comme si ce qu’il était le dégoûtait (oubliez “comme si”). Nous avons déjà longuement étalé notre critique des adhérents des temples sportifs mais nous avons bien peu parlé de ceux qui se réfugient dans les livres pensant y trouver la liberté.

Ceux-là ne valent pas mieux. Leur corps influence leur esprit par la faiblesse, et, à moins qu’ils portent en eux un zèle exacerbé, ces derniers laissent le courage et la force pour les autres. Ce bourgeois (qui n’est parfois qu’un bourgeois de l’esprit) cultive son plus grand mépris et sa plus grande répugnance pour toute espèce de discipline physique.

Le pseudo-intellectuel néglige le corps comme si pour lui il était un frein, il voit la faim comme une contrainte et le repos comme une punition, tout mouvement est pour lui une torture et sa complaisance se réduit aux batailles de mots qui ne prêtent à aucune conséquence qui pourrait se traduire par un affrontement d’ordre physique. Dès lors, l’intellectuel de salon se brusque, s’offusque et traite son adversaire de sauvage, d’idiot et aliène totalement l’affrontement physique comme si ce dernier était l’apanage des faibles.

Voici encore un poison qui s’est dilué dans l’esprit occidental ! Le bourgeois de l’esprit s’est construit un bouclier législatif lui permettant de cracher son venin aux personnes qui n’ont que peu de moyens intellectuels (ou plutôt verbaux) pour répondre et qui ont l’interdiction d’utiliser leurs propres armes sur ce champ de bataille inégalitaire ! Voici bien une forme de mépris de classe sur lequel le marxiste ne se penchera pas.

En bref, c’est justement là que l’Islam porte un aspect revificateur du sport dans sa dimension spirituelle et éloignée d’une infériorité matérialiste. Au-delà des précédentes citations prophétiques et coraniques auxquelles nous avons fait appel.

Le Coran nous dit:

« Et ce que j’ai de succès ne dépend que d’Allah »

Le sportif musulman, dans son action physique (empreinte de métaphysique) remercie Dieu, et refuse de s’enorgueillir au risque de perdre toute la dimension supérieure de son acte.

Les trois premiers hommes qui iront en Enfer sont justement des hommes qui dans leur action ont corrompu leur intention envers Dieu par orgueil.

Le corps fort, dans l’Islam, bénéficie à l’intégralité de la communauté et c’est en ce sens qu’il doit être perfectionné. La niyya (l’intention) doit être tournée dans l’intérêt d’être plus apte à aider, à protéger et à servir les autres. Car c’est aussi par nos bonnes actions que nous donnons une bonne image.

Le Prophète (pbsl) aimait les croyants forts, comme nous l’avons déjà vu, car ils étaient utiles pour la société et contribuaient au bien commun.

Le musulman n’a pas peur de la force physique puisqu’il s’engage à en obtenir la maîtrise dans la volonté même de suivre la sunna du Prophète (pbsl). On lui a donné comme modèle un lutteur, courageux, fort, discipliné, charismatique, intelligent, éprouvé, sommet de la virilité dans son sens étymologique et contemporain.

Voici en quoi, au terme de cette plongée dans la spiritualité du monde sportif, nous saisissons avec plus de force (justement) toute la pertinence que l’Islam apporte dans un monde destructuré. Une revivification de la nécessité et de l’importance du soutien divin au sein de l’exercice (ascèse) physique en Europe et dans le monde, réveillant de nouveau dans la nature de l’occidental cette qualité sportive qui fut sienne et qu’il a pourtant longtemps négligée, voire oubliée.

En définitive et pour résumer, l’Islam réveille la force européenne, endormie par l’atrophie de l’esprit, pour la mettre au service de Dieu.

ٱلْحَمْدُ لِلَّٰهِ