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Philosophie1 juil. 202610 min de lecture

Memento mori, rappel européen d’Allah !

Le stoïcisme, expression la plus pure de la spiritualité européenne antique, rencontre le rappel islamique de la mort.

Ibrāhīm Barbarūs Al-UrubbiDeux Rives

L’exposé suivant va s’intéresser à ce que l’Islam a pu revivifier dans le caractère européen. Nous passerons d’abord par une définition essentielle et concise de l’Islam, puis nous évoquerons un système de pensée européen qui démontre une compatibilité de la pensée européenne et de la pensée islamique, à travers une analyse du stoïcisme et de son évolution.

Parmi toutes les expressions de la spiritualité européenne antique, le stoïcisme est celui qui a connu la plus large diffusion impériale (de la Grèce à Rome, des élites aux esclaves), qui a le plus profondément marqué la morale romaine tardive et qui, surtout, présente les convergences les plus frappantes et les plus systématiques avec la vision islamique du monde. C’est donc lui, et non l’héroïsme homérique, trop passionnel, ni le dionysisme, trop extatique, ni même l’épicurisme, trop axé sur le plaisir mesuré, que nous retenons ici comme le vecteur le plus pur et le plus universel de ce que l’Europe païenne a produit de plus proche de la vertu désintéressée et du memento mori actif.

Cet article s’adresse donc principalement à ceux de notre peuple qui se questionneraient, de bonne foi, sur notre adhésion à ce courant religieux, dont on prétend que la naissance fut en terre d’Arabie (Alors que l'Islam, en tant que doctrine de l'Unicité divine (Tawhid), existe depuis la création de l'humanité, révélé par Allah à travers Ses messagers et comme une fitrah innée inscrite dans chaque âme.). L’éloignement géographique ne démontre rien pour celui qui n’est pas bloqué dans l’illusion matérielle (et matérialiste) ! L’Europe n’a jamais été étrangère à la verticalité spirituelle (monastère, ordre chevaleresque) que l’Islam rapporte. Ce dernier n’y apparaît donc pas comme un intrus, mais comme un rappel d’une sagesse oubliée.

La soumission à ce qui est Vrai

Nous nous rapportons en premier lieu à l’analyse étymologique du mot même “Islam”, transcription de l’arabe, et qui, comme la plupart des gens le savent, provient de l’idée de “soumission (à Dieu)” et de “paix, sécurité (en Dieu)”. On retrouve donc l’idée de refuge et de dévotion auprès du Souverain ultime. L’homme viril dans sa soumission au Suprême ne se rapetisse pas, contrairement aux idées que nos contemporains (qui, par ailleurs, s’éloignent diamétralement de l’homme viril) diffusent. L’homme véritable dans sa soumission s’éprouve et se trouve encore plus valorisé, adoptant reconnaissance, gratitude et dévotion envers son Créateur.

Cette vision s’oppose absolument à l’homme nietzschéen, revanchard à l’égard de Dieu, allant jusqu’à suggérer que ce dernier soit “mort”. Une hystérie de l’esprit maintes fois critiquée par des métaphysiciens sérieux, à l’instar de Julius Evola, qui ont parfaitement mis en exergue la fragilité des raisonnements nihilistes.

Ces critiques peuvent être étendues non seulement aux nietzschéens, mais aussi aux sceptiques, courant absolument dénaturé de tout sens.

Assimilables aux athées qui s’en revendiquent, refusant de croire qu’ils aient eu un Créateur qu’il faille adorer, ne reconnaissant cette faculté créatrice qu’à “Mère Nature”. Celle-ci serait la source des arbres, qu’ils admirent même lorsqu’ils sont détruits par l’Homme, et des étendues vertes sur lesquelles ils écrasent leurs mégots.

Ces homo-hystericus font une confiance aveugle dans la “Science”, dont ils ne savent établir aucun principe lorsqu’on les interroge. Ils ne se placent jamais dans une situation supérieure aux croyants véritables, puisque ces athées reconnaissent un statut théorique à leurs croyances. Ce paradoxe dénote une stupidité auto-critique. Symptôme d’une époque malade de ne plus savoir distinguer l’arrogance de la lucidité !

Le croyant, dans sa supériorité, vit Dieu comme s’il était matériellement à ses côtés. Il n’a pas besoin des yeux pour le voir, ni des oreilles pour l’entendre. Il porte en lui l’empreinte de la création divine.

C’est pour cela que la croyance en Dieu apporte la paix. Non pas parce qu’elle serait une façon d’obtenir la paix, comme certains prétendent que les religions cherchent juste un sens à la vie, mais parce que c’est la seule façon d’obtenir la paix véritable. C’est la seule façon de connaître le sens de la vie. Et à ceux qui, révoltés par notre affirmation, s’interrogent avec virulence et raillerie, nous leur répondons de manière scientifique : la science n’a jamais trouvé de sens à la vie. L’Islam l’a rappelé !

Seul celui qui en aura véritablement fait l’expérience pourra le comprendre. Les autres ne valent pas mieux que des spectateurs assistant à une compétition sportive et qui discutent sur la manière dont ils auraient agi s’ils avaient été à la place du joueur. Il y a ceux qui agissent et ceux qui observent. Les premiers ne sont pas sûrs de la place qu’ils occuperont sur le podium, mais les seconds seraient stupides de s’y imaginer. Ce n’est donc pas avec les spectateurs qui se voient en joueur que nous chercherons à raisonner.

L’Islam ce n’est pas la “recherche”, la “théorie”, c’est la révélation, le décret final. C’est la soumission devant la Vérité, donc, en définitive, devant Dieu (Al-Haqq). L’homme islamique est poussé à l’action, et dans son action, il a le devoir de contempler.

“Et il y a sur la terre des présages pour ceux dont la foi est sûre. Et aussi en vous-mêmes, ne voyez-vous pas ?” (Coran 51 : 20-21)

La contemplation n’est pas seulement une capacité, c’est un devoir. Un devoir de mémoire, pourrions-nous dire. L’univers tout entier est un monument de l'œuvre divine. Comment autant d’humains s’extasient devant la contemplation de peintures sans s’émerveiller sur Celui qui a insufflé la vie à ces artistes ? Le seul qu’on puisse appeler Créateur, dans la mesure où il est à l’origine de Tout, et que sans Lui il n’y a rien. L’artiste n’a rien inventé, il n’a rien créé. Il s’est servi des éléments à sa disposition pour assembler.

L’Islam est donc, éminemment, une révélation qui accentue le rappel, et sur un rappel essentiel, incontournable malgré toutes les tentatives. Immanquable même pour celui qui ne voudrait pas le voir : le rappel que nous allons tous mourir.

Memento mori, la vertu européenne

Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort, disait Sénèque. Les autres citations ne serviraient qu’à mettre un peu plus en exergue l’invitation des stoïciens à adopter une gestion de notre temps basée sur la finalité de notre vie. Réglons donc chaque jour comme s’il devait fermer la marche, comme s’il était le terme de notre vie et sa conclusion suprême.

Ces sages paroles prononcées dans le cadre du stoïcisme pourraient légitimement se confondre avec les propos rapportés de notre cher Prophète (paix et bénédictions sur lui).

En effet, d’après Anas Ibn Malik (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit :

« Rappelle-toi de la mort dans ta prière [...]. Prie la prière de l’homme qui pense qu’il ne priera plus après cette prière [...] ».

Le stoïcisme est une pensée européenne qui, à l’instar de l’Islam, insiste sur la gestion du temps dans le sens des bonnes œuvres, des actions justes et de la préparation au fait de mourir.

De Zénon jusqu’à Marc Aurèle, les citations se feraient nombreuses pour argumenter de la proximité entre la pensée européenne et l’islam. Et nous aurons l’occasion d’en fournir une exposition plus détaillée dans de futures publications. Cependant déjà, appuyons sur quelques parallèles afin de nourrir le lecteur.

Premièrement, il y a dans le stoïcisme un rejet profond de l’hédonisme, axé sur le plaisir comme objectif principal de l’homme, pour une primauté sur l’action droite. Le stoïcisme ne se contente pas de rejeter, il va aussi épouser l’idée d’amor fati (qadar), l’amour du destin, le fait d’accepter ce qui arrive, non pas par résignation, les bras croisés, mais par amour, les bras ouvert vers la volonté divine !

Marc-Aurèle dans ses “pensées pour moi-même” fait une intéressante réflexion sur les raisons d’aimer les événements qui nous éprouvent tout au long de notre vie :

“Il faut donc aimer pour deux raisons ce qui t’arrive. L’une parce que cela était fait pour toi, te correspondait,et survenait en quelque sorte à toi,d’en haut, de la chaîne des plus antiques causes. L’autre, parce que ce qui arrive à chaque être en particulier contribue à la bonne marche, à la perfection et à la persistance même de Celui qui gouverne la nature universelle.”

Passage qui se fond dans ce propos prophétique : « Celui à qui Allah veut du bien, Il l'éprouve. » soulignant que les épreuves sont une preuve de l'amour de Dieu. Elles purifient nos âmes, expient nos péchés et nous rapprochent de Lui.

La vie n’est rien, la mort est le début de tout, voici la formule stoïcienne à retenir, un rappel suffisant, mais nécessaire, pour mesurer l’abîme qui nous sépare du monde moderne. Il n’est donc pas étonnant que ce dernier rejette l’Islam.

Nos contemporains, surtout depuis le dernier siècle, ont pleinement adopté l’adage carpe diem, cueille le jour présent sans te soucier du lendemain. Stratégie de l’autruche qui n’a fait que générer le chaos inéluctable dans lequel nous nous trouvons, bien qu’on puisse être en ce monde sans lui appartenir.

C’est l’hédonisme insatiable de nos plus récents ancêtres qui est la cause de cette décadence. Décadence du domaine de la foi, mais aussi de l’étendue des domaines qui touchent l’homme occidental (et surtout occidentalisé, à comprendre comme un système de pensée plutôt que comme un dénominatif géographique).

Ce n’est pas une recherche du juste, de la vérité, ni même du bonheur véritable. Pas de place pour la vertu, ni pour l’action, ni pour la communauté. On répudie ces valeurs au nom de quoi ? Du bonheur matériel ! De l’individualisme ! De la passivité ! De la bassesse ! Pourvu qu’on en retire des fruits, peu importe qu’ils soient empoisonnés, puisqu’on ne se soucie pas de la mort, du moment qu’ils ont bon goût !

Ce n’est pas sur ce système de valeurs répugnant que l’Europe, traditionnelle, s’est fondée et a ancré son histoire, au travers de ses découvertes et non de ses barbaries (trop souvent évangélique par ailleurs). Si nous nous penchons sur l’histoire et que nous soufflons sur la poussière qui recouvre nos codes antiques, la fides romaine (valeur donnée à la parole), la vertu romaine (devoir envers le divin, la famille, la cité), la morale guerrière germanique (qu’on retrouve dans le mannerbund !), les guildes dont on ne peut nier ni la solidarité ni les mesures prises pour préserver l’intérêt de chacuns ! De Platon à Marc Aurèle, la quête du Bien, la vertu et le fait de vivre en accord avec Dieu ! Ces éléments démontrent bien que l’Europe n’est pas née de l’égoïsme, de l’avarice, de la consommation ou de la destruction. Cette conception moderne de l’Europe n’est que le fruit d’une révision historique du forum de Davos. Tous ces maux sont les fruits plantés par des cerveaux malades, destinés à être récoltés par un système pervers et antagonique. Ce système a été instrumentalisé par des élites dépravées pour éteindre la capacité d’agir en bien des hommes. Ainsi privés, de manière illusoire, de leur puissance de décision, ils sont condamnés à agir en mal. Car manquer d’agir, quand on en a la force, est déjà une faute pour celui qui se dit homme ! Voici devant nos yeux la fracture de notre époque.

En définitive, ce bref exposé n’avait qu’un seul objectif : rappeler que l’Islam n’est pas un corps étranger posé sur l’Europe, mais l’écho d’une sagesse que ce continent a portée bien avant de l’oublier. La soumission au Vrai, la conscience de la mort, l’exigence de la vertu, de l’action juste et de la contemplation : tout cela formait déjà l’ossature de la pensée européenne traditionnelle.

Le stoïcisme n’en était qu’une expression parmi d’autres, et l’Islam en est aujourd’hui le rappel le plus pur.

Ceux qui prétendent opposer l’Europe à l’Islam ne comprennent ni l’une ni l’autre. Ils ignorent que la vérité n’a jamais été une propriété privée, encore moins un drapeau. L’Islam n’est pas européen par géographie, mais par verticalité. Il parle à l’homme qui refuse la bassesse, qui refuse le mensonge, qui cherche la Vérité où qu’elle se trouve. Si l’Europe veut rester fidèle à ce qu’elle fut, non pas une terre d’hédonisme, mais de force, de lucidité et d’honneur, alors elle ne peut que reconnaître dans l’Islam un miroir de ses valeurs les plus anciennes.

Car la Vérité ne s’invente pas : elle se retrouve.

Et quand elle se retrouve, elle résonne. Même à travers les siècles. Même à travers les terres. Même à travers les prophètes.

L’Islam, par son intransigeance envers le Vrai, par son appel à la mort consciente et à l’action juste, est bien plus proche de l’Europe traditionnelle que ne le seront jamais les idéologies modernes. Voilà pourquoi il n’est pas un intrus : il est un ultime rappel.